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Qualité du service ferroviaire inférieure au niveau de 2019 – c’est officiel et ça se sent !

Les (més)aventures et réflexions  d’une usagère ordinaire (ou pas)

 

Travailler à distance. Vouloir faire l’effort de faire des déplacements en train, moyen de locomotion écologique, et non en avion ou en voiture. À l’heure du changement climatique, s’en trouver punie.

Voilà le lot de votre humble serviteuse, simple usagère parmi les centaines de milliers de personnes qui prennent le train en France.

Retards, annulations intempestives, pannes électriques, bugs informatiques, passagers traités comme du bétail et laissés en plan… Voilà notre expérience quasi quotidienne.

La qualité du service ferroviaire dans l’Hexagone laisse fortement à désirer. Et non, ce n’est pas que du ressenti : c’est une autorité de l’État qui le dit !

Situations ubuesques à l’heure de la canicule

Mardi 9 juin 2026. Train Intercités Paris-Austerlitz-Cahors. Départ prévu à 14h28. Je reçois un message la veille en fin de journée, m’annonçant l’annulation du train réservé plusieurs semaines à l’avance.

La grève annoncée du 10 juin, qui commence en réalité dès le 9 juin, officiellement à 20h, se propage déjà. Ce train devait arriver juste après 20h à Cahors. Bien entendu, il ne fallait surtout pas que les grévistes travaillent 13 minutes de plus pour amener les usagers à bon port…

Je me rabats de mauvaise grâce sur un train grande vitesse « Ouigo » au départ de la gare de Paris Montparnasse pour changer de train à Montauban et prendre le train régional pour Cahors.

Contrairement à la promesse faite dans ce message d’annulation, il ne m’a pas été possible de faire ce changement gratuitement. L’interopérabilité entre service Ouigo et le site SNCF Connect sur mon compte client en ligne ne se fait pas. Le système « bugge »… Je paie donc.

Ouigo : bétail ou terroriste présumé(e) – à vous de choisir

Avec le Ouigo, on est traités comme du bétail. On fait passer les foules dans une gare étouffante devant des tourniquets étriqués à l’entrée du quai. Les tourniquets ne marchent pas. Le personnel scanne les QR Codes des billets manuellement.

Il fait déjà très chaud en ce début de juin à l’ère du réchauffement record de la planète. Et les services du Ouigo n’offrent pas une seule bouteille d’eau.

L’usager quant à lui est traité d’emblée comme un terroriste présumé, à tout le moins comme un être qui dérange. Si on pouvait se faire de l’argent sans devoir s’encombrer d’usagers, ce serait si beau, n’est-ce pas ?

Le chef de bord du train annonce par haut-parleur la couleur au moment du démarrage. Il n’y a pas d’eau, rappelle-t-il à tout le monde. Par contre si vous oublez votre sac ou n’y attachez pas vos coordonnées vous aurez une amende. Autre message : t’es une maman avec poussette dans un train étriqué ? Dégage ta poussette ! Entasse-la là où tu peux. Sinon : amende !

Mon billet, déjà scanné par les services de la SNCF est de nouveau contrôlé sur le trajet. C’est économiquement rationnel de faire des économies sur l’installation d’un service qui propose de l’eau et de payer deux fois quelqu’un pour contrôler les billets – n’est-pas?

Il n’y a pas de prise électrique – il faut payer plus et réserver à l’avance (ce qui m’a été impossible) pour une place qui en soit dotée. Le wifi ne marche pas. Pour quelqu’un qui travaille c’est sous-optimal.

Surveiller, punir, encaisser. Voilà le Ouigo.

Ensuite, changement à Montauban : plus d’une heure d’attente pour la correspondance pour Cahors. La gare de Montauban n’a pas les services, la place, les infrastructures qu’il faut pour des gens qui doivent attendre longtemps.

Voilà donc un agréable trajet !

Arrive la semaine suivante. Je dois repartir…

 

Manque d’oxygène

Vendredi 19 juin 2026. Intercités réservé à 12h28 au départ de Paris Austerlitz, destination Cahors.

L’aller, le lundi 15, était déjà folklorique – l’électricité de la locomotive tombe en panne à hauteur d’Argenton-sur-Creuse. Les conducteurs bricolent pour rétablir le fonctionnement d’un train si usé qu’on a l’impression d’assister à un miracle quand il se remet en route.

Le retour, quant à lui, ne se fait pas. En tout cas pas le jour prévu. J’ai dû annuler des rendez-vous professionnels importants pour pouvoir rentrer plus tôt – car le week-end des obligations familiales m’attendent. À l’âge des parents qui vieillissent…

Je reçois un message annonçant la suppression de mon train pour raison de canicule. De nouveau, la promesse d’un changement de billet gratuit n’est pas tenue.

Bien entendu, aucun autre Intercités de la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse n’est disponible : les rares trains qui restent sont déjà pleins.

Je me rabats donc sur cet affreux Ouigo. Quelques heures après ma réservation, Ouigo écrit pour me dire que mon wagon n’est pas climatisé, alors que la canicule s’annonce. On m’invite à changer de train – sans m’y obliger. Je regarde s’il y a un train: aucune possibilité de rentrer à Cahors ce vendredi 19 juin. Je garde donc mon billet – et tant pis si j’étouffe !

Deux heures plus tard, on m’annonce l’annulation de ce train pour cause de grève impromptue.

Le billet ne m’est pas remboursé. J’ai droit à un bon d’achat – je n’ai plus envie du tout de voyager en Ouigo!

Dans mon Intercités du jeudi 18, au bout d’une heure de trajet, la climatisation de ma voiture tombe en panne… Le personnel est réactif et serviable : il ouvre les fenêtres attribue de nouvelles places ailleurs dans le train, nous offre des bouteilles d’eau… Les conditions dans lesquelles ces personnes travaillent posent question…

J’arrive à bon port à Cahors. Avec « seulement » vingt-cinq minutes de retard. Et des opportunités professionnelles manquées.

Autorité de Régulation des Transports : Fréquentation en hausse, qualité du service en baisse

Tout ça c’est de l’anecdote. Mais les chiffres montrent que le cas de l’auteure de ce billet est représentatif…

Selon le dernier rapport de l’Autorité de Régulation des Transports, « entre 2019 et 2024, [la] part modale [du train] a progressé de 1,7 point pour atteindre 10,9 % des déplacements de voyageurs en France métropolitaine. La progression de fréquentation ferroviaire se poursuit aussi en 2025 ».

Pour enfoncer le clou, l’ART ajoute : «les transports collectifs terrestres ont retrouvé puis dépassé leur niveau de fréquentation d’avant crise, tandis que la voiture particulière et le transport aérien domestique demeurent en retrait ».

Voici ce que dit l’ART sur le train longue distance : « Cette dynamique est particulièrement marquée sur les déplacements de longue distance. Entre 2020 et 2024, la fréquentation ferroviaire longue distance a progressé en moyenne de 17,5 % par an, contre 8,5 % pour la voiture sur autoroute concédée. »

 

Pari sur le passé

Et pourtant, les politiques publiques et les soi-disant investisseurs s’obstinent à parier sur le passé.

En Occitanie, on a récemment fait le forcing sur la construction d’une nouvelle autoroute, tandis que les trains régionaux continuent de souffrir d’un sous-investissement chronique.

Offre de trains insuffisante, amplitudes horaires inadéquates pour faire du train régional un mode de transport fiable pour toute personne professionnelle ayant besoin de se déplacer à tout moment, que ce soit à 5h du matin ou à 23h. Sans compter les innombrables retards, pannes, grèves et suppressions impromptues.

Le Ministère des transports ne veut pas parier sur l’avenir du train sur l’« axe du vide ferroviaire » qu’est la ligne POLT. Il n’y a pas de nouvelles dessertes prévues dans le dernier schéma directeur de décembre 2025…

On nous promet des rames Oxygène depuis combien d’années ? Oh le nom est si bien trouvé après toutes ces expériences de trains-étouffoir des dernières semaines. Je suis comme Saint Thomas : j’y croirai quand je les verrai.

Entre-temps, aucune maintenance et aucune anticipation sur les pannes de matériel… Le cheminot que l’on plaint doit s’improviser électricien. Et le passager-contribuable le plus taxé d’Europe se contenter d’un service digne de pays pauvre.

Dixit l’ART :

« La poursuite de cette dynamique [d’augmentation de la fréquentation] dépend aussi de la capacité des transports collectifs à améliorer durablement leur qualité de service. Si les indicateurs progressent en 2024, ils demeurent inférieurs à leur niveau de 2019. »

« Les retards imputables aux entreprises ferroviaires représentent encore entre 38 % et 44 % des retards constatés à l’arrivée des services longue distance. »

Wanted : Une vision d’avenir

 

Conclusion personnelle de votre passagère favorite : La SNCF n’est plus un service.

La SNCF n’est ni un service public, ni un service privé. Elle se comporte d’une part en entité bureaucratique semi-publique malade. Elle traite le passager comme un ovni dérangeant, toujours potentiellement en faute, voire même criminel, et toujours à réprimer.

En extractrice de rente semi-privatisée d’autre part, elle n’aperçoit pas l’opportunité commerciale qui se présente face à la montée de la demande de services de qualité. Elle se soucie peu de la satisfaction du client tant qu’on peut le plumer impunément car elle exerce encore son monopole.

On a atteint une impasse. Il faudra une vraie volonté d’avancer et une vision d’avenir de la part des autorités publiques pour changer la donne…

Et rien ne changera sans pression sociale, car l’amélioration attendue ne tombera pas du ciel.

Pour exercer de la pression, il faut s’engager.

On peut commencer modestement déjà simplement en signant une pétition de TEPLG demandant un service public ferroviaire de qualité dans le Lot (46).

par ici

Iana Dreyer est secrétaire de TEPLG. Elle s’exprime ici à titre personnel. Ses opinions ne sont pas nécessairement celles de l’ensemble du Conseil d’administration.