Ce lundi matin, sous un soleil matinal presque suspect tant il était agréable, le train n°871650 direction Brive-La-Gaillarde m’a offert contre toute attente un moment d’inspiration. Il faut dire que tout était réuni : le début de semaine, une météo clémente à cette heure là… et bien sûr un retard.
C’est alors qu’une mélodie bien connue s’est imposée à mon esprit. Du Claude François, évidemment. En un instant, le quai s’est métamorphosé. Fini les regards agacés et les soupirs d’usagers résignés : place aux paillettes aux pas de danse et aux Claudettes imaginaires.
Et puis presque naturellement, les pensées se mettent à rimer. Comme si l’attente elle-même cherchait à se rendre plus supportable :
« Regarde ton écran,
Il est déjà huit heures,
Le jour se lève doucement,
Des trains passent…
Pendant ce temps, tu l’as vu filer,
Et toi, tu attends, planté sur le quai,
C’est encore une journée galère,
À piétiner sans jamais avancer.
À force d’arpenter ce quai banal,
On trouverait presque plus normal
D’abandonner, d’aller se coucher,
Seul, loin de cette absurdité.
Le lundi, ce train à l’heure,
C’est une chose qu’on n’aura jamais,
Chaque fois, c’est la même rengaine,
C’est quand on est sur le quai… qu’il est en retard. »

Pendant quelques secondes, le quai s’est transformé en véritable salle des années disco une époque où dans mon souvenir (certes peut-être un peu idéalisé), les trains étaient plus nombreux, plus ponctuels, et desservaient davantage de gares dans notre département.

Car aujourd’hui, le contraste est saisissant. Notre train du jour ne marque plus que cinq arrêts dans le département… et peine malgré tout à être à l’heure. Le motif affiché par la SNCF ? « Retard pour cause de travaux ». Une explication qui laisse perplexe lorsque l’on observe que l’Intercité en direction de Paris, parti plus tôt, circulait sans encombre. Même constat pour deux autres trains liO n°871651 et le n°871655, tous deux en direction de Toulouse, à l’heure.
Faut-il en conclure que ce train n°871650 direction Brive-La-Gaillarde est le seul à affronter les affres des chantiers ferroviaires ? Ou bien qu’il subit à lui seul, tous les aléas possibles : climatiques, techniques… ?
À force, une hypothèse farfelue s’impose : ce train viendrait-il de l’autre bout de l’Europe, traversant canyons, tempêtes et territoires hostiles avant d’atteindre notre modeste quai ?
Face à tant de constance dans l’irrégularité, une idée émerge : pourquoi ne pas créer une distinction officielle ? Un prix du « train le plus en retard de la ligne », remis en grande pompe. Le train n°871650 serait, sans conteste, un candidat sérieux… voire un lauréat incontesté.
En attendant, la musique s’arrête, les Claudettes disparaissent et le quai redevient ce qu’il est : un lieu où l’on apprend, chaque jour, à cultiver la patience.
